Téléphone au volant dans le Vaucluse : jusqu’à six mois de suspension du permis
Depuis le 12 mai 2026, le préfet du Vaucluse peut suspendre immédiatement le permis de conduire de tout automobiliste pris le téléphone en main au volant — même en l’absence d’une autre infraction. Une mesure expérimentale déjà appliquée dans plusieurs départements, qui fait du Vaucluse l’un des territoires les plus stricts de France sur ce point.
Dans le Vaucluse, utiliser son téléphone en conduisant expose désormais à une suspension de permis allant jusqu’à six mois. — Illustration
C’est une évolution majeure pour les automobilistes du département. Depuis le mardi 12 mai 2026, le préfet de Vaucluse Thierry Suquet a activé un arrêté préfectoral durcissant les sanctions liées à l’usage du téléphone au volant. Désormais, tout conducteur surpris le téléphone tenu en main — ou une oreillette dans l’oreille — peut se voir retirer son permis sur-le-champ, pour une durée d’un à six mois, sans attendre la décision d’un tribunal.
Le Vaucluse devient ainsi le cinquième ou sixième département français à franchir ce cap, après les Landes (premier à expérimenter le dispositif en novembre 2025), le Lot-et-Garonne, le Pas-de-Calais, la Charente-Maritime et l’Ardèche. La mesure repose sur l’article L224-7 du Code de la route, qui confère au préfet un pouvoir de suspension administrative immédiate, sans intervention judiciaire préalable.
Ce qui change concrètement
Jusqu’à présent, et c’est encore le cas dans la grande majorité des départements français, utiliser son téléphone en conduisant exposait à une amende forfaitaire de 135 euros et à un retrait de trois points sur le permis. Depuis le 22 mai 2020, une infraction concomitante (excès de vitesse, franchissement de feu rouge) pouvait déjà entraîner une suspension. Mais dans le Vaucluse, ce n’est plus nécessaire.
Le simple fait de tenir un téléphone en main ou de porter une oreillette au volant suffit à déclencher une procédure de suspension immédiate du permis. La durée — de 15 jours à 6 mois — est appréciée au cas par cas par la préfecture, en fonction du profil du conducteur et des circonstances.
La procédure n’est pas automatique : les forces de l’ordre transmettent le constat à la préfecture, qui dispose ensuite d’un délai de 72 heures pour signer l’arrêté de suspension. Passé ce délai, le permis doit être restitué à son titulaire. Les sanctions pécuniaires et la perte de points s’ajoutent à cette mesure administrative — elles ne sont pas supprimées.
| Infraction | Amende | Points retirés | Suspension du permis |
|---|---|---|---|
| Téléphone tenu en main (reste du territoire) | 135 euros | 3 points | Non, sauf infraction concomitante |
| Téléphone tenu en main + autre infraction (partout) | 135 euros | 3 points | Possible, décision judiciaire |
| Téléphone tenu en main dans le Vaucluse NOUVEAU | 135 euros | 3 points | 1 à 6 mois, décision préfectorale immédiate |
Pourquoi le Vaucluse a-t-il pris cette décision ?
Les chiffres de l’accidentalité dans le département sont éloquents. D’après la préfecture de Vaucluse, le défaut d’attention est relevé dans 19 % des accidents survenus dans le département en 2025. L’usage du téléphone au volant serait en cause dans un accident sur cinq dans le Vaucluse, selon les données communiquées par la gendarmerie nationale.
Ces données locales font écho à un constat national alarmant. Selon l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR), 3 513 personnes sont mortes sur les routes de France en 2025, en métropole et en outre-mer — soit une hausse de 2,4 % par rapport à 2024. La distractions au volant, dont le téléphone est la principale cause, était présente dans un accident corporel sur quatre au niveau national en 2023, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur.
« Lire un message en conduisant multiplie le risque d’accident par 23 : il oblige le conducteur à détourner les yeux de la route pendant en moyenne cinq secondes. »
Securite-routiere.gouv.frUn modèle venu des Landes, qui fait des émules
C’est dans les Landes que le dispositif a été expérimenté pour la première fois, en novembre 2025. En quelques semaines, plus de 200 permis avaient été suspendus dans ce seul département. Les résultats ont rapidement convaincu d’autres préfets : les infractions liées au téléphone au volant avaient reculé de 4 % en octobre, de 10 % en novembre, puis de 28 % en décembre dans les Landes, soit une baisse de plus de 12 % sur le dernier trimestre 2025.
Fort de ces résultats, le dispositif s’est progressivement étendu. Le Lot-et-Garonne et le Pas-de-Calais ont adopté des arrêtés similaires en février 2026. La Charente-Maritime a suivi au 1er mai, puis l’Ardèche et le Vaucluse mi-mai. D’autres préfectures ont indiqué réfléchir à la même mesure.
Voici les départements qui appliquent la suspension administrative du permis pour téléphone au volant à ce jour :
Ce qui reste autorisé au volant
La réglementation ne prohibe pas l’usage de tout dispositif dans le véhicule. Le kit mains libres intégré au véhicule, l’écouteur connecté à un système de navigation ou encore le téléphone posé sur support homologué restent tolérés, à condition que la manipulation de l’appareil soit nulle ou minimale. Ce qui est visé, c’est explicitement le téléphone tenu en main et toute oreillette susceptible d’émettre du son.
Concrètement, une conversation téléphonique en mains libres via le système embarqué du véhicule, un itinéraire GPS lancé avant le départ ou encore un message vocal écouté via les haut-parleurs de la voiture ne constituent pas une infraction au titre de cette mesure. En revanche, décrocher son téléphone pour regarder une notification, même à un feu rouge, entre bien dans le cadre visé.
Les bons réflexes à adopter
- Activer le mode conduite de son smartphone avant de démarrer (disponible sur iOS et Android)
- Coupler son téléphone au Bluetooth du véhicule pour les appels mains libres
- Programmer sa navigation GPS avant de quitter son stationnement
- En cas d’urgence, se garer sur un endroit sécurisé avant de consulter son téléphone
- Informer ses interlocuteurs habituels qu’on ne répond pas pendant les trajets
Les avis des conducteurs partagés, les résultats attendus
Sur le terrain, les réactions des automobilistes vauclusiens restent contrastées. Plusieurs témoignages recueillis à Avignon par les médias locaux lors des premiers contrôles sur l’A7 à Mornas témoignent d’une certaine compréhension de la mesure, même de la part des contrevenants. « J’ai joué, j’ai perdu », a résumé l’un d’eux, verbalisé le jour même de l’entrée en vigueur du dispositif.
D’autres expriment des réserves sur la proportionnalité de la sanction ou l’uniformité de son application. Si un chauffeur de taxi peut perdre son outil de travail pendant six mois pour un coup d’oeil à un message, certains estiment que la mesure doit être appliquée avec discernement — ce que le cadre préfectoral permet, en théorie, puisque la suspension reste une décision discrétionnaire et non automatique.
Pour les autorités, la logique est implacable : si les Landes ont observé une baisse de 28 % des infractions en décembre 2025, un mois après l’entrée en vigueur du dispositif, c’est que la menace d’une suspension immédiate change effectivement les comportements là où l’amende seule ne suffisait plus.
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